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Actionnaires, à vous de jouer !

La démission de Nicolas Hulot a été une surprise même si elle avait été envisagée plusieurs fois depuis sa nomination. L’une des raisons avancées par le ministre est « le poids des lobbies » auprès du gouvernement, qui empêche visiblement de prendre des décisions importantes de « rupture » par rapport à la réalité économique actuelle.

De nombreux commentaires s’en sont offusqué, inquiété tout en reconnaissant le rôle important de l’État, actionnaire d’EDF, favorisant le nucléaire civil et dans le même temps facilitateur du développement du diesel dans l’hexagone, les écologistes soulevant régulièrement les enjeux de sécurité ou de santé publique associées à ces choix politiques… Peut-on vraiment s’attendre à ce qu’il agisse comme il l’a annoncé publiquement lors des COP 21 & 22, alors même que cela le mettrait en contradiction par rapport à ses objectifs d’indépendance énergétique, de plein emploi, de soutien aux entreprises existantes, de respect d’engagement donnés par le passé, de questions de fiscalité et d’objectifs budgétaires à tenir ?

Les entreprises usent visiblement de tout leur poids (les fameux « lobbies ») pour éviter que l’État ne les amène par des réglementations qu’elles estimeraient « inadéquates » à arrêter telle ou telle usine (nucléaire, chimie…) ou tel ou tel produit (voitures diesel…) même si la plupart sont conscientes de la nécessité de transformer leur stratégie pour prendre en compte les attentes des consommateurs ou de leurs actionnaires.

Et les actionnaires ont aujourd’hui un rôle fondamental à jouer pour agir auprès des conseils d’administration pour qu’ils accélèrent les changements stratégiques nécessaires, et poussent les entreprises à aller plus vite pour diminuer très significativement leur impact environnemental, et ce même si cela remet en cause leur rentabilité à court terme.

Certaines sociétés ont aujourd’hui une stratégie de rupture pour profiter des nouveaux marchés potentiels par exemple dans l’électricité (Schneider Electric, Legrand…) ou l’accès à l’eau (Suez environnement, Veolia). D’autres sont en train d’évoluer mais les solutions existantes demandent des modifications profondes des mentalités comme dans l’agriculture avec les problèmes de glyphosate (mais il ne semble pas qu’il existe aujourd’hui de solution alternative sans modifier la façon de cultiver) ou dans le traitement des déchets avec par exemple la question des incinérateurs (interdits en Allemagne) privilégiée par rapport à l’enfouissement…

D’autres ont des stratégies peu « claires » comme Total qui d’un côté se développe dans l’électricité tout en construisant en France une raffinerie basée sur le traitement de l’huile de palme… ce qui contribue à une déforestation massive par exemple en Indonésie, qui y voit une source importante de devises…

Et certaines comme Suez opèrent de vrais virages stratégiques, avec les cessions/ réinvestissements décidées par Isabelle Kocher et le Conseil d’administration en 2017. Ce qui a amené certains analystes financiers à s’inquiéter de la dégradation de la rentabilité à court terme, tout en reconnaissant que ces choix stratégiques étaient nécessaires pour modifier le « mix énergétique » de la société.

Nous pourrions multiplier les exemples avec Saint Gobain, Renault ou PSA, Solvay… et toutes les entreprises ont aujourd’hui des enjeux stratégiques de long terme qu’elles doivent traiter. Plus vite elles y viendront, plus vite nous pourrons croire à un vrai changement. Mais cela implique une moindre rentabilité voire pas de rentabilité à court terme.

Qu’en pensent les actionnaires ?

Depuis quinze ans la sicav Phitrust Active Investors France s’attache à porter en tant qu’actionnaire minoritaire auprès des conseils d’administration des questions de gouvernance, environnementales ou sociales (ESG) et si cela est nécessaire à initier un dialogue en Assemblée générale sur ces sujets. Même si nous sommes soutenus par de nombreux actionnaires français ou étrangers soucieux de voir les entreprises tenir compte de ces questions ou propositions, il est clair que la plupart des investisseurs actionnaires privilégient la rentabilité à court terme à une vision de long terme. Les dirigeants d’entreprise s’en plaignent souvent avec raison car les gérants qu’ils rencontrent privilégient dans leurs questions la rentabilité, pour répondre aux attentes de leurs propres souscripteurs…

Nous sommes tous des souscripteurs potentiels et avons, chacun d’entre nous, nos propres objectifs financiers liés à la retraite, l’épargne… et nous sommes progressivement devenus des investisseurs financiers (et non pas des actionnaires de long terme) pour répondre à nos contraintes financières ou de liquidité alors que les entreprises attendent de leurs actionnaires une vision à long terme. Notons quand même que certains fonds de pension ont cette vision de long terme tout en ayant un œil rivé sur les performances annuelles… ce qui peut les amener aussi à une certaine forme de schizophrénie…

Pourtant en tant qu’investisseur actionnaire, nous devrions d’abord nous préoccuper de la stratégie à long terme de l’entreprise, quitte à accepter plusieurs années de perte si nous croyions à la vision stratégique à long terme. Amazon a bien subi plus de dix années de perte avant de devenir rentable…

D’où l’importance de regrouper plus d’investisseurs qui veulent peser sur les décisions des entreprises, les amener à innover, identifier des chemins de progrès rapides pour diminuer leur impact environnemental et prendre en compte les enjeux sociaux qu’elles affrontent. Les PRI de l’ONU (Program for Responsible Investors) regroupant les plus grands investisseurs mondiaux ont été une première étape importante en ce sens. La transposition en 2019 dans chaque pays de la nouvelle Directive européenne « Droit des Actionnaires » qui pousse les investisseurs institutionnels à « s’engager » auprès des entreprises de leur portefeuille une opportunité pour que tous les actionnaires deviennent ACTIFS et poussent les entreprises à bouger plus vite.

Les pouvoirs publics peuvent aussi participer à ces mouvement, mais il est très clair aujourd’hui que compte tenu des contraintes dont nous avons parlé plus haut, ce sont les investisseurs privés et institutionnels qui ont aujourd’hui le pouvoir de changer les pratiques ESG au sein des entreprises cotées et non cotées. Pour préparer demain et après-demain. Alors n’hésitons plus !

 

Olivier de Guerre
Président, Phitrust

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