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Alstom racheté par Siemens : mais que font les actionnaires ?

Réunis en assemblée générale le 17 Juillet 2018, les actionnaires ont voté en faveur de l’opération de rachat d’Alstom par Siemens. Quelle décision pathétique, alors qu’à l’annonce des discussions avec Siemens les dirigeants et le conseil d’administration avaient vendu l’idée d’une « fusion entre égaux » !

« Fusion entre égaux ». Merveilleuse, cette idée probablement poussée par les banques d’affaires avides de commissions lors de deals qu’il est difficile de réaliser. « Fusion entre égaux », avait-il été martelé lors des opérations Lafarge-Holcim, Technip-FMC ou encore Essilor-Luxottica. Dans tous les cas, y compris Alstom, la société française est en fait rachetée, absorbée et l’utopie de la « fusion entre égaux » se transforme en une réalité bien plus prosaïque : une prise de contrôle.

Quand on analyse les différentes opérations précitées, l’entreprise française disposait de réels atouts industriels, commerciaux, humains, qui lui auraient permis d’évoluer différemment et de s’assurer que le savoir-faire et la capacité des équipes restent en France… Les centres de décision de Lafarge et de Technip ont quitté l’Hexagone, celui de Luxxotica-Essilor rejoindra bientôt l’Italie, le principal actionnaire italien détenant la majorité du Conseil et le tiers du capital.

Pour Alstom, suite à une question posée par Phitrust sur le maintien de l’emploi, un horizon de 4 ans (qui d’ailleurs semble long dans la réponse du conseil d’Alstom…) semble le maximum, ce qui signifier concrètement que la technologie Alstom, notamment des TGV, ne survivra probablement pas sur le long terme, Siemens disposant lui-même d’une technologie équivalente et d’usines à faire tourner en Allemagne. General Electric prépare l’État français à ne pas tenir son engagement d’il y a 2 ans sur les turbines. Combien de temps faudra-t-il à Siemens pour rapatrier la majorité des contrats exports en Allemagne ? En espérant que les régions et l’État français parviendront à imposer une production en France pour les trains et locomotives roulant en France, mais est-ce possible en droit européen ?

Le plus incroyable est que tous les investisseurs ont validé ce schéma d’absorption, comme les deals précités, sans même s’interroger sur la pertinence d’une autre stratégie, sur les impacts extra-financiers notamment en termes d’emplois (mais où sont passés les investisseurs dits « Responsables » ?), sur les différences culturelles entre les deux entreprises (plus de 2 fusions sur 3 sont des échecs…).

Une fusion Alstom-Bombardier n’aurait-elle pas eu un sens plus stratégique, alors que certains métros de la RATP à Paris ont été développés en commun avec succès et que les deux entités sont beaucoup plus complémentaires sur un plan géographique et donc de répartition des usines que la fusion Siemens-Alstom ?

Les investisseurs n’ont regardé que la vision stratégique financière proposée par le rapprochement des deux sociétés, sans s’interroger sur les questions fondamentales de maintien de l’emploi dans les régions où Alstom est implantée, de valorisation des technologies existantes, qui pour certaines sont en doublon avec celles de Siemens, de la qualité des équipes d’Alstom qui auront du mal à s’intégrer au sein d’un concurrent qu’ils ont combattu avec difficulté de très longue date… Des questions que devraient au moins se poser les investisseurs qui se disent « Responsables », institutionnels, État français, Bouygues… À moins que tous les actionnaires ne recherchent qu’une sortie financière au meilleur prix…

Des décisions comme le Brexit, ou des mouvements populistes, se nourrissent de cette désertification industrielle et de la perte de nos fleurons industriels, voulue par des financiers, actionnaires ou dirigeants qui ont leur propre agenda, bien différents de celui des salariés et de leurs familles…

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