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[Edito] Assemblées Générales Virtuelles : un déni de démocratie actionnariale

La crise du COVID 19 aura t’elle donné raison à de nombreux dirigeants : quelle est l’utilité d’une Assemblée Générale où ne viennent que les petits porteurs « avides du buffet ou de cadeaux » ? Pour certains d’entre eux, la plupart des actionnaires votant par correspondance, cet exercice semble inutile au regard des enjeux « réels » des entreprises.  Le jeu des questions de la salle leur parait tellement suranné que certains limitaient le temps de parole tandis que d’autres ne répondaient pas aux questions ou utilisaient un soi-disant humour pour se moquer de l’auteur de la question…

Alors même que le législateur avait permis de repousser les assemblées générales jusqu’à septembre 2020 compte tenu de l’impossibilité de les tenir physiquement, beaucoup d’entreprises ont préféré les maintenir de façon virtuelle ou « distancielle » : certaines l’enregistrant par avance, d’autres ne permettant pas de questions pendant  ou ne répondant qu’aux questions écrites (certaines allant même à n’y répondre que sur le site Internet comme le prévoit la loi…).

L’Assemblée de Vivendi a ainsi décidé d’augmenter l’affectation du dividende en pleine crise. Celle de Lagardère (soutenu par Vivendi qui a pris 10% du capital le lendemain de sa propre AG …) a été ahurissante vu le ton employé lors des réponses données aux questions pertinentes sur la capacité du principal gérant commandité à rembourser ses dettes, avec 2 scrutateurs pour ce scrutin « sensible » qu’étaient le Président du Conseil (nommé en 2019) et le Directeur financier…

Alors que la place de Paris avait fait face en 2018 à des erreurs de calcul dans les résultats des votes- erreurs partiellement corrigées en 2019-,  comment s’assurer dès lors que les scrutins se soient déroulés en toute fiabilité et transparence ? Et ce alors même que toute la place a réalisé en 2018 que nos systèmes de gestion et comptabilisation des votes était obsolète pour ne pas dire plus… Aucun investisseur ne peut s’assurer de lui-même que son vote a bien été pris en compte !

Une grande farce ou plutôt une grande mascarade car, pour tous ceux habitués à participer aux Assemblées Générales (nous le faisons systématiquement depuis 2003…), cet exercice permet de « sentir » la société, de la voir évoluer d’une année sur l’autre, d’entendre les réactions des actionnaires aux présentations des dirigeants…  Et, alors que beaucoup d’administrateurs ou dirigeants trouvent « nulles et sans intérêt » les questions des petits porteurs, si vous les aviez écoutées en 2009 et plus récemment en 2019 lors des AG  des grandes banques françaises, vous seriez étonnés aujourd’hui, avec le recul, de leur pertinence …

L’Assemblée Générale est un lieu unique où les dirigeants (pas seulement le Président ou Directeur général) et les membres du Conseil d’Administration (s’ils sont présents…) ont un contact direct avec les actionnaires et entendent ce qu’ils pensent ou leurs réactions aux propositions de résolution qui leur sont faites. Non seulement intéressant mais surtout très important car les administrateurs sont élus par les actionnaires et pas choisis par le Président… Et c’est le seul lieu où ils peuvent les rencontrer, même si la plupart d’entre eux ne vont pas au cocktail où ils pourraient leur parler… Alors que certains voudraient qu’il n’y ait plus d’assemblées générales physiques car « cela marche bien  en téléconférence», il est urgent que tous les investisseurs se regroupent pour exiger que le régulateur interdise dans le futur ces assemblées virtuelles qui ne sont que des chambres d’enregistrement et en aucun cas des exemples de démocratie actionnariale.                             

Olivier de Guerre

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