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[Edito] Attention à la démocratie actionnariale!

Les contraintes sanitaires liées à la pandémie du COVID 19 nous amènent cette année encore à suivre des Assemblées Générales en visioconférence avec un « semblant de démocratie actionnariale ». En effet alors que la technologie existe, les banques qui sont en charge d’identifier les actionnaires n’ont pas voulu ou n’ont pas su comment faire évoluer leur chaînes de traitement informatique pour permettre aux actionnaires d’interagir en direct et de voter les résolutions proposées pendant les assemblées générales. Il faut saluer la société de gestion d’actifs AMUNDI (cotée) qui est la première à avoir mis en place un vote en direct grâce à son dépositaire CACEIS qui a su déployer les outils pour ce faire. On peut se demander pourquoi cela n’a pas été généralisé alors même que depuis l’hiver dernier il était probable que les assemblées ne pourraient se tenir physiquement. Il faut également saluer les quelques sociétés (malheureusement peu nombreuses) ayant permis aux actionnaires de poser des questions en direct « sans filtre ».

Dans la plupart des cas, des dirigeants masqués ont présenté les comptes, les perspectives et les résultats des sociétés, les votes ayant été envoyés avant les AG et les questions « filtrées » par les sociétés elles-mêmes ! Certains dirigeants, peu nombreux au demeurant, nous ont indiqué qu’ils « regrettaient » les assemblées physiques car elles permettent de « sentir » à travers les réactions de la salle les attentes des actionnaires présents. La question de la « solitude » du dirigeant face à son écran sera-t-elle la clé pour pouvoir dans le futur participer physiquement  à une assemblée?

Car d’autres dirigeants se félicitent de ces assemblées virtuelles qui leur permettent d’avoir une audience plus large avec tous les actionnaires en ligne et donc de leur parler. En privé, ils se déclarent contents que ce soit une façon d’éviter les contestations, l’écran «lissant » les réactions des internautes, quand ils s’expriment (il faut dire que la gestuelle des Assemblées physiques peut en gêner certains !). Il est aussi plus facile de maîtriser une Assemblée virtuelle…

Depuis 17 ans, nous participons à toutes les AG et nous sommes très déconcertés de manquer ces « grand messes » parfois ennuyeuses mais toujours représentatives du mode de management de la société, de la façon dont elles évoluent. Elles permettent surtout aux administrateurs présents dans la salle de rencontrer les actionnaires, seul moment où ils sont en contact avec ceux qui les ont élus.

Nous nous interrogeons sur l’avenir de la démocratie actionnariale si ces assemblées devaient devenir des « chambres d’enregistrement » plus qu’un lieu d’échanges et de débats. Certains nous diront qu’il est possible d’échanger en visioconférence. Bien sûr nous le faisons en permanence depuis un an, mais elles ne sont efficaces et constructives que si nous connaissons nos interlocuteurs. Quand nous ne les connaissons pas, « le courant passe plus difficilement »… Et quand il y a un problème ou des questions, il est évident que le lien physique est important, voire essentiel.

Les limites du virtuel sautent aux yeux quand nous constatons que l’absorption de PSA par Fiat Chrysler est actée en Assemblée Générale en 46 minutes, sans aucune question… Nous nous interrogeons quand nous découvrons par les médias, en temps réel, un dimanche soir qu’Emmanuel Faber est démis de ses fonctions alors que le Conseil siège encore …

La gouvernance d’une entreprise ne peut être uniquement virtuelle au risque que l’entreprise ne soit elle aussi que « virtuelle » c’est-à-dire sans nationalité, sans employé, sans usine… Rappelons-nous la fameuse phrase d’un dirigeant qui parlait de l’avenir « d’Alcatel sans usine » … qu’est devenu Alcatel aujourd’hui ?

Les actionnaires ont un rôle très important à jouer : celui de refuser d’être actionnaires d’entreprises qui se disent « virtuelles » ou agissent comme tel!

Olivier de Guerre

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