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[Edito] La démocratie actionnariale survivra-t-elle à la pandémie COVID ?

Cette question nous aurait paru totalement hors de propos il y a deux ans. Les assemblées générales annuelles sont le rendez-vous « incontournable » des conseils d’administration et des dirigeants avec leurs actionnaires ; des réunions parfois décriées mais  importantes car l’un des rares lieux où les administrateurs, les dirigeants et les actionnaires peuvent échanger et réagir. Des « grand-messes » en présentiel qu’il a fallu transformer l’année dernière en assemblées générales virtuelles, avec des manières très différentes d’une entreprise à l’autre d’appréhender ce rendez-vous annuel juridiquement obligatoire.

Alors que l’AMF et de nombreux régulateurs européens ont invité les entreprises à mettre en place un échange avec les actionnaires, un système de questions-réponses en direct  et si possible un vote en direct en assemblée générale, force est de constater que :

> Une seule entreprise en France, AMUNDI, a proposé un vote en direct (ce qui montre bien que la technologie le permettait…),
> La plupart des entreprises ont refusé les échanges en direct avec leurs actionnaires au prétexte qu’il leurs était difficile de les identifier. Or, il était techniquement possible d’utiliser l’identifiant actionnaire, (transmis pour le vote par correspondance) notamment pour les particuliers votant par le biais de la plateforme Votaccess en France…
> La plupart ont renvoyé à leur site Internet pour les réponses aux questions écrites …
> Heureusement quelques entreprises ont permis les échanges avec leurs actionnaires soit de façon directe soit par le biais d’une plateforme interactive,

L’existence de Votaccess prouve que les plateformes de gestion des actionnaires peuvent traiter des identifiants numériques. Que ces mêmes dépositaires n’aient pas investi ou n’aient pas osé mettre en place un vote en direct pendant les assemblées générales montre bien la réticence/difficulté de ces derniers à se saisir de ces nouveaux outils. 

Beaucoup d’entreprises ont aussi préféré tenir des assemblées « non interactives » car plus simples à gérer, nous indiquant que cela « présentait moins de risques ».  Un euphémisme pour ne pas dévoiler leur préférence pour ces assemblées virtuelles où aucune contestation n’est possible… 

La palme revient à EssilorLuxottica avec un président et un directeur général absents à l’assemblée, du coup présidée, par l’administratrice représentante de Valoptech (association regroupant les actionnaires  salariés d’Essilor), avec la présence d’un scrutateur représentant le principal actionnaire et un autre directeur général adjoint… Sont intervenus des dirigeants du Comex (certains n’y étant plus quelques jours après…), Olivier Pecoux administrateur (non renouvelé) pour présenter les changements de gouvernance avec un renouvellement complet du Conseil et quasiment aucun représentant d’Essilor renouvelé (si ce n’est la Présidente et le DG adjoint). Faut-il préciser qu’il n’y avait aucune vidéo ou intervention des nouveaux administrateurs pressentis… Bref une Assemblée Générale où l’on se moquait ouvertement des actionnaires, qui n’a fait que clarifier le fait que le principal actionnaire avec 32% du capital n’a que faire des autres actionnaires… si ce n’est les plus gros qu’il voit par ailleurs en « one to one ». La prise de contrôle de l’ensemble des fonctions du groupe une semaine après avec 10 représentants italiens sur 12 au Comité de direction n’a fait que confirmer ce que nous disions depuis plus de trois ans, à savoir que cette « fusion entre égaux » est une prise de contrôle sans payer de prime… et l’Assemblée une simple chambre d’enregistrement, … 

Ce  mépris des petits actionnaires, qui ne seraient intéressés que par « les petits fours ou les cadeaux » et la préférence données aux « one to one » avec les institutionnels qui sont les plus gros investisseurs, ont clairement pris le dessus cette année, certaines entreprises envisageant même de ne plus faire d’assemblées générales physiques. Cela coûterait « trop cher » et ne permettrait pas aux actionnaires qui ne peuvent être présents d’y participer.

Le risque est très grand de voir se généraliser des assemblées virtuelles avec peu d’interactions avec les actionnaires notamment quand il y a des enjeux de pouvoir, sans oublier les risques de défaillances techniques. A dessein certains le préfèreront. Heureusement d’autres envisagent de privilégier les assemblées physiques, tout en autorisant aussi une participation et un vote virtuel. 

Ces assemblées sont le seul lieu où les administrateurs peuvent entendre s’exprimer l’ensemble des actionnaires, salariés…. La démocratie actionnariale ne peut s’exprimer virtuellement et il est important que les actionnaires, les conseils d’administration, les dirigeants, les régulateurs renforcent le rôle des assemblées générales physiques à l’heure du « virtuel ».

Sinon le risque est très élevé d’un transfert de pouvoir aux seuls conseils d’administration, considérant que les intérêts des actionnaires ne sont que « financiers » et qu’ils ne peuvent être force de propositions ou de réactions face au Conseil et aux dirigeants.

La démocratie actionnariale y a beaucoup à perdre, alors même que tout le monde (et le régulateur européen)  s’accorde sur la nécessité de plus d’engagement des actionnaires, ce que fait Phitrust depuis 2003 et s’efforcera de faire avec vous si vous êtes déjà investisseur ou si vous nous rejoignez !

Olivier de Guerre

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