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[Edito] La gestion passive à l’épreuve de la COP26

A l’heure de la COP26, la plupart des investisseurs institutionnels et des gestionnaires d’actifs de l’OCDE promettent « une finance décarbonée » en annonçant des exclusions sur les énergies fossiles et le renforcement des critères de sélection ESG pour la sélection des valeurs en portefeuille.

Or les statistiques montrent que si, en 2017, 14 % des encours européens étaient gérés de façon indicielle (ce qu’il est commun d’appeler la « gestion passive », ETF ou Exchange Traded Funds), Moody’s table sur un fort développement de l’utilisation des ETF par les investisseurs institutionnels pour atteindre 25% des encours d’ici 2025. Ces ETF répliquent un indice soit physiquement soit virtuellement et, pour la plupart d’entre eux, ne permettent pas de voter en assemblées générales et donc pour les investisseurs, de jouer un « vrai » rôle d’actionnaire.

L’engouement des dernières années pour ce type de produit tient principalement à leur performance financière : leurs frais de montage sont inférieurs à ceux d’une gestion dite « classique » et la systématisation des processus de gestion permet de limiter le « risque gérant » lié à des prises de décisions « erronées ».

Mais cela implique pour les gestionnaires de ces produits passifs de s’appuyer sur la composition d’un indice existant (qu’il soit classique ou ISR) ou d’en proposer un qui répond à l’attente de l’investisseur. L’analyse des sociétés sous-jacentes est le plus souvent limitée aux aspects financiers et, pour certains gestionnaires, aux aspects ESG ou climatiques. Analyse qui le plus souvent est beaucoup moins approfondie que celle d’un gestionnaire actions « actif », qu’il soit de type value ou growth, et encore moins d’un analyste ISR compte tenu des contraintes existantes pour que les fonds gérés soient reconnus comme tels.

La facilité pour ces gestionnaires passifs est donc de systématiser le principe d’exclusion de leurs portefeuilles et ce afin d’éviter de détenir une société dont l’analyse aurait été trop rapide… ou d’être interrogé sur la raison de la présence de telle ou telle valeurs en portefeuille alors même qu’elles ne remplissent pas les critères pour être éligibles à un fonds qui serait qualifié de « Responsable. »

Mais si tous les fonds de pension, institutionnels ou gérants d’actifs de l’OCDE appliquent le principe d’exclusion dans leur gestion passive (qui représente, rappelons-le, 60 à 70% de leur encours…), qui deviendra actionnaire de ces sociétés bannies aujourd’hui des portefeuilles ? 

La transition, de l’avis de tous, va prendre du temps et nous allons continuer encore quelque temps à devoir prendre ou utiliser un bus, un taxi, un camion… Des investissements de reconversion sur des emplois aujourd’hui menacés sont à réaliser. Et de nombreux pays émergents n’ont pas d’alternatives pour équiper toutes les entreprises/familles d’un accès à une électricité et à une source de chauffage stables et de qualité…sans parler de renouvelables.

Les engagements de tous face aux enjeux climatiques sont bien évidemment une exigence et une urgence. Mais leur mise en œuvre ne peut se faire par des décisions unilatérales d’investisseurs au nom d’une certaine vertu ! 

Le monde développé est celui qui émet le plus de CO² dans l’atmosphère à cause de nos modes de production et de consommation. Les actionnaires ont profité des dividendes issus de ces activités polluantes. Plutôt que de vendre les titres pour « ne plus être responsables », ne devraient-ils pas utiliser leur pouvoir d’actionnaires pour pousser les entreprises polluantes à aller encore plus vite dans la transition de leurs modèles d’affaires, quitte à investir encore plus dans les processus de changements opérationnels ? 

Gestion passive + principe d’exclusion = quand passerons-nous d’une solution créée dans les années 70 dans un contexte d’inflation pour répondre à une obligation fiduciaire à un obligation de responsabilité et d’investissements actifs pour accélérer la transition ? Le temps n’est plus de se poser la question. Nous menons depuis 2003 chez Phitrust cette stratégie d’engagement responsable auprès des dirigeants des sociétés du CAC 40. Il est plus qu’urgent de nous rejoindre pour accompagner ces processus de transformation aujourd’hui à l’œuvre !

Olivier de Guerre

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