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[Edito] L’ENTREPRISE DOIT ELLE ASSUMER UN RÔLE POLITIQUE ?

Les Assemblées Générales 2022 se sont pour la plupart tenues en présentiel et c’est une très bonne chose après deux années successives en virtuel à cause de la pandémie. Si le digital a permis de tenir ces assemblées, elles avaient beaucoup perdu en consistance : discours préenregistrés pour certaines, filtrage des questions pour d’autres qui avaient accepté de jouer le jeu des questions « orales » par SMS ou autre réseau social, rendant inaudibles toute opposition ou critique.

Les assemblées générales en présentiel ont permis de nouveau que chaque actionnaire comprenne, par le style de l’assemblée, la culture de l’entreprise et, par les réponses des dirigeants, leur capacité d’écoute et de dialogue. Malheureusement dans certaines entreprises des militants ont voulu empêcher la tenue des assemblées (chez TotalEnergies) et ont rendu inaudible les présentations (chez BNP Paribas) pour ne citer que ces deux exemples. La critique voire la contestation est légitime, mais empêcher la tenue de ce rendez-vous ne peut que pousser les dirigeants à préférer l’assemblée virtuelle… ce qui empêchera de facto tout dialogue.

Ces mouvements militants attendent des entreprises qu’elles prennent des positions plus radicales sur leur changement de modèle : ne plus produire de pétrole ou de gaz (chez TotalEnergies) ou ne plus financer ces activités (chez BNP Paribas). Ils attendent des entreprises qu’elles jouent un rôle politique en refusant de travailler pour des gouvernements considérés comme corrompus (pour les majors pétrolières), en ne finançant que des entreprises dites « vertueuses » (pour les banques). On retrouve ce mouvement chez les investisseurs institutionnels qui excluent de leurs portefeuilles les entreprises dites « fossiles » (charbon, pétrole…).

Cette position est bien sûr compréhensible compte tenu de la nécessité d’accélérer la transition énergétique, mais les entreprises sont-elles responsables du libre choix des consommateurs et doivent-elles aller contre leur demande ?

> La demande de gasoil est de plus en plus élevée dans les pays émergents qui n’ont pas encore notre stade de développement…,

> La demande de livraisons à domicile et immédiates dans les pays développés oblige à densifier des entrepôts reliés par une noria de camions roulant au gasoil…

> La demande de charbon, de gaz liquéfié extrait des sables bitumineux explose à cause de la guerre entre la Russie et l’Ukraine…

Pour ne citer que ces exemples qui montrent clairement notre « schizophrénie » face aux enjeux climatiques et aux évènements dramatiques comme l’agression de l’Ukraine par la Russie.

L’exemple russe montre bien la difficulté pour une entreprise à « être morale ». Celles qui ont de très nombreux salariés en Russie sont prises en otage par une opinion publique qui leur demande de quitter la Russie avec comme seule possibilité celle de vendre à perte leur filiale, sans savoir comment les salariés seront traités une fois la cession réalisée…

Face à la défaillance de nos institutions qu’elles soient étatiques ou morales, il est demandé aux entreprises d’agir en fonction de ce que les consommateurs ou les parties prenantes demandent. Le développement de ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui le capitalisme « Woke » en est aussi un bon exemple. Ces démarches sont louables car elles ont toujours une raison qu’il est difficile de rejeter mais elles en arrivent à imposer une règle morale à toutes les entreprises et ce quel que soit le contexte, le pays, la race, la religion, la langue, la culture…

Notre humanité est plurielle et nos entreprises aussi. Ces dernières doivent agir en fonction des différentes réalités auxquelles elles font face et des attentes de ce qu’il faut aujourd’hui appeler les « consommacteurs ».

Leur demander de jouer une responsabilité politique va bien au-delà du rôle qu’elles devraient jouer : De la même façon que leurs choix ne peuvent se substituer à ceux de leurs consommateurs, les entreprises ne peuvent remplacer l’Etat qui définit le cadre dans lequel elles doivent agir.

Le rôle des actionnaires est déterminant : aider les entreprises à comprendre les enjeux auxquels elles doivent répondre pour fabriquer un produit, rendre un service utile à la société et participer à la transition environnementale et sociale. Et c’est de cette façon que les entreprises pourront avoir un impact politique, pas en prenant la place des Etats.

Olivier De Guerre

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