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[Edito] L’exclusion est-elle une bonne réponse des investisseurs aux enjeux climatiques ?

Les enjeux liés au changement climatique étant de plus en plus identifiables, de très nombreux investisseurs choisissent d’exclure de leurs portefeuilles des secteurs « sensibles » : le pétrole, le gaz en premier lieu. Ce changement s’accélère sous la pression des régulateurs qui introduisent des obligations de reporting, comme les projets de taxonomie européenne, mais aussi et surtout des investisseurs finaux et des associations qui prônent « une finance verte ».

L’enjeu est fondamental : toutes les parties prenantes doivent changer leurs habitudes de consommation (pour les particuliers), de gestion opérationnelle et d’investissement (pour les entreprises). Ce mouvement crée à la fois de vraies opportunités de croissance et de développement mais aussi des questions « existentielles » pour les entreprises qui ne pourraient ou ne sauraient mettre en œuvre à « grande vitesse » des stratégies de « décarbonation » de leurs activités.

Le risque est grand de voir les investisseurs européens se désengager d’entreprises « décriées » comme « non vertueuses », voulant prouver ainsi qu’ils sont aussi « vertueux » dans ce nouvel environnement « ISR/ESG ». Ces entreprises vont sans doute alors devoir rechercher des actionnaires non européens, dont certains n’auront pas la même logique face aux enjeux stratégiques liés au changement climatique. En Afrique par exemple la demande de gazoil explose…et des actionnaires « peu scrupuleux » pourraient demander aux entreprises dans lesquelles ils auraient investi de répondre à cette demande rapidement pour « prendre le marché »…

Le risque est encore plus grand pour ces entreprises de voir les banques et des assureurs… refuser de leur octroyer des prêts, garanties, facilités ou opérations bancaires classiques, ces derniers cherchant aussi à apparaître comme « vertueux » face à ces enjeux stratégiques. Cela signifierait la mort de ces entreprises si elles ne vont pas chercher des financements ou services bancaires hors d’Europe…

Un tel scénario, impossible il y a quelques années, est de plus en plus crédible aujourd’hui alors même que l’ensemble des acteurs sensibilisés par ces sujets ne parlent qu’exclusion, y compris les labels ISR reconnus ou mis en place par les pouvoirs publics.

Phitrust depuis sa création n’a jamais exclu une société pour une raison ou une autre, mais a considéré qu’il fallait d’abord discuter avec les conseils d’administration et les équipes de direction pour les amener à prendre en compte ces nouvelles exigences. Nous avons choisi de les accompagner dans ces processus de transformation, sur-pondérant les « plus vertueux » et sous pondérant ceux qui « résistaient ».

• Nous avons ainsi challengé la direction de TotalEnergies pour prendre en compte les enjeux liés aux sables bitumineux, puis pour qu’ils inscrivent dans leurs statuts que la mission du Conseil était aussi liée aux enjeux environnementaux et sociaux,
• Nous avons poussé les entreprises du CAC 40 à adhérer à l’initiative Science Based Targets depuis 2017, et ce, pour qu’ils se fixent des objectifs de réduction de leurs émissions de carbone. Alors que très peu d’entre elles connaissaient cette initiative, la plupart des sociétés aujourd’hui y ont adhéré.

Nous ne pouvons arrêter du jour au lendemain toutes les usines ou processus polluants, mais nous pouvons pousser les entreprises à aller encore plus vite dans leur processus de transformation. C’est bien le rôle des actionnaires de se préoccuper de « l’impact » de leurs investissements. En « vendant la ligne » ils s’exonèrent de devoir justifier l’investissement… Est-ce vraiment le rôle d’un investisseur « Responsable » ?

Olivier de Guerre

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