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[Edito] Nos entreprises ont besoin d’actionnaires minoritaires actifs

De plus en plus de voix s’élèvent pour demander de limiter les droits des actionnaires minoritaires actifs qualifiés « d’activistes », et donc par construction recherchant à tout prix à « détruire » les entreprises ou à les forcer à changer de stratégie pour un gain spéculatif à court terme. Il leur est notamment reproché d’avoir beaucoup d’influence dans les médias et de « jouer contre » les instances élues régulièrement par les actionnaires en Assemblée générale.

Les régulateurs s’en sont émus, les Etats -Unis allant même récemment à encadrer fortement les agences de vote qui conseillent les actionnaires institutionnels, ces dernières devant aujourd’hui attendre les commentaires des entreprises sur leurs recommandations de vote avant de les publier, ces dernières ayant le droit de corriger 3 fois de suite les dites recommandations… Ce qui est quasiment impossible compte tenu des délais extrêmement courts entre la transmission des comptes et des projets de résolution et la date des Assemblées générales… Ce qui va mécaniquement amener les agences de vote à ne pas risquer une procédure judiciaire pour ne pas avoir respecté la loi. Un moyen simple pour éviter toute contestation des agences de vote.

En Europe et en France de plus en plus de voix se font entendre pour demander plus de contrôle des agences de vote, plus de régulation pour limiter le rôle des activistes (par exemple en baissant significativement dans la loi PACTE en juin dernier les seuils déclaratifs que doivent faire les actionnaires aux sociétés cotées) créant de fait une « paranoïa » contre ces activistes « malfaisants » !

Depuis quinze ans que Phitrust agit en tant qu’actionnaire minoritaire engagé et surtout constructif, nous ne pouvons que constater la dissymétrie très importante quant à l’information dont disposent les actionnaires minoritaires qui ne participent pas aux Conseils d’administration. Même si les régulateurs ont réussi à ce qu’elle soit plus transparente et complète, les exemples sont nombreux de cette dissymétrie :

– Impossibilité pour les actionnaires d’avoir facilement le détail des votes par correspondance et en Assemblée générale, alors que l’entreprise en dispose.

– Impossibilité pour l’AMF en France d’obtenir la transparence des conventions réglementées entre un investisseur actionnaire et les « petites filles – entreprises cotées » : un moyen de « pomper » du résultat sans que les actionnaires le voient, la nouvelle directive européenne mettant en place une règlementation « légère » et qui ne prend pas compte de cette réalité..

– Transfert de sièges sociaux dans des pays où la règlementation est moins protectrice pour les actionnaires afin de ne pas avoir à donner trop d’informations considérées « sensibles ».

– Force de frappe et moyens financiers très importants mis dans la communication financière par les entreprises, les activistes n’ayant pas les mêmes moyens.

Beaucoup d’entreprises (heureusement pas toutes…) ne considèrent pas leurs actionnaires comme des actionnaires mais plutôt comme des investisseurs. Il faut dire que les investisseurs institutionnels et gérants d’actifs ne se sont pour la plupart intéressés à ces questions qu’à la suite de l’obligation récente des régulateurs… et que les dirigeants des entreprises cotées se sont maintes fois plaints auprès de nous depuis 15 ans de « ne pas avoir d’actionnaires » ! Mais quand ceux-ci s’expriment contre une de leur décision, allant comme nous l’avons fait à maintes reprises jusqu’au dépôt de résolutions, ils les considèrent comme des « activistes ».

Paradoxalement les propositions et remarques de nombreux activistes ont été des moyens pour les dirigeants et les Conseils d’administration de prendre conscience qu’il y avait d’autres voies de développement possibles. Elles ont permis à de très nombreuses entreprises de réagir, peut-être dans la douleur, mais avec succès quelques années après, améliorant significativement leur gouvernance et leurs pratiques environnementales et sociales.

L’année 2020 sera très importante : les investisseurs institutionnels, notamment face aux questions climatiques et sociales, ont pris conscience de la nécessité d’être des actionnaires actifs et constructifs. Les entreprises doivent s’y adapter et les considérer en les écoutant, leur donnant la parole. Ils doivent s’en réjouir car les mêmes actionnaires seront présents en cas de difficulté s’ils ont été précédemment entendus.

En espérant que ce sera une résolution pour tous les dirigeants des sociétés cotées pour 2020, Phitrust vous souhaite une très bonne année 2020 !

Olivier de Guerre

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