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[Edito] PSA – FIAT CHRYSLER: quelle gouvernance après la fusion?

Une nouvelle fusion « entre égaux », celle de PSA – FIAT CHRYSLER… après celle avortée de RENAULT avec le groupe italien. Et les deux entreprises ont annoncé qu’un accord « engageant » serait signé avant la fin de l’année 2019.

Certains s’étonneront sur l’opportunité de marier PSA – qui a bien anticipé aujourd’hui la réglementation européenne sur le CO2 – avec Fiat Chrysler qui visiblement ne l’a pas fait (achetant par exemple des droits à polluer à TESLA pour 1,2 milliards de $) et ce notamment à cause des véhicules très polluants vendus par Chrysler aux USA. D’autres répliqueront que cela ouvre le marché américain à PSA qui n’a jamais réussi à y percer et ce, alors que la Chine ne semble plus un réel marché potentiel…

Mais bien peu d’analystes ont réagi aux premières indications sur la future gouvernance du groupe qui montre bien qu’il ne s’agit pas à terme d’une fusion « entre égaux… » et que PSA ne prendra pas le « lead », bien au contraire :

– Fiat Chrysler va distribuer 5 milliards € de cash à ses actionnaires contre 3,5 milliards € de distribution de titres Faurecia pour PSA. Et ce à priori sans tenir compte des investissements massifs nécessaires chez Fiat Chrysler pour se mettre au niveau de PSA sur un plan environnemental. Qui peut croire qu’un directeur général français pourra mettre en place un plan de restructuration en Italie alors que les usines Fiat ne tournent pas à pleine capacité…

– La famille Agnelli sera le premier actionnaire à plus de 13% et la famille Peugeot – à plus de 6% – ne pourra monter au-delà de 9%. Le poids de la participation de l’Etat (au même niveau que la famille Peugeot ou que Dongfeng) explique probablement cette situation, mais elle ne prend pas en compte le fait qu’à terme l’Etat français peut se désengager, ce qui laissera de facto la famille Agnelli comme le premier actionnaire, avec de surcroît le poste de Président du Conseil de surveillance.

– La société aura son siège au Pays Bas, « lieu neutre »  alors que la holding de la famille Agnelli y est déjà… et que les droits des actionnaires y sont moins favorables qu’en France. Au  Pays Bas, par exemple,  pas de quota pour la parité, pas d’administrateur salarié, une responsabilité différente pour les administrateurs…

PSA pense pouvoir réussir l’intégration de Fiat Chrysler comme celle réussie d’OPEL. Mais la situation est bien différente avec un rachat à 100% d’OPEL par PSA et la mise en place d’une filiale. Une fusion « entre égaux » ne peut appliquer par principe les mêmes logiques et il est fort probable que ce sera plus difficile. Sans compter que plus des 2/3 des fusions sont ratées in fine, la dernière en date étant Technip/FMC…

Beaucoup de questions, donc, sur la gouvernance de cette opération transfrontalière et nous espérons que la société écoutera ses actionnaires inquiets de cette nouvelle gouvernance.  De plus, si le projet se concrétise,  nous espérons que le Conseil de surveillance ne va pas signer un accord engageant avec des pénalités si l’Assemblée générale refuse l’opération. Car cela confirmerait alors un certain « mépris » du droit des actionnaires qui doivent décider à la majorité de 66% l’opportunité ou non de cette fusion.

Olivier de Guerre

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