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[Edito] Quelle gouvernance en ces temps de “COVID”?

Les entreprises doivent aujourd’hui intégrer dans leurs organisations des processus complexes de protection des salariés pour lutter contre la contagion du virus COVID 19, avec des contraintes différentes selon l’activité, le pays… Le télétravail a été mis en place par nombre d’entre elles, ce qui leur a permis de gérer au mieux cette situation nouvelle. Mais ce ne peut être le cas dans les usines, les ateliers de production… Dans les services, cela a conduit certains salariés à ne pas vouloir revenir au bureau. Si ces situations sont compréhensibles, elles vont inévitablement amener les entreprises à repenser l’organisation du travail, les relations avec les fournisseurs, à remettre en cause ce qui est communément appelé « la chaîne de valeur ».

Cet environnement nouveau concerne au premier chef les dirigeants : Accor a démarré le bal en juin lors de son assemblée générale en modifiant les critères de performance retenus pour la part variable de la rémunération de son Président-Directeur général (qui n’étaient plus atteignables pour ceux déjà fixés…) et qui sont désormais attribués en fonction des réductions de coût mis en place pour affronter la crise. Accor a un gigantesque défi à affronter dont il ne maîtrise pas la variable principale, à savoir la reprise du tourisme ; cela aurait pu inciter le Conseil à mettre en place des objectifs liés à la capacité de maintenir l’emploi, la capacité d’accueil, de mobiliser les forces pour faire revenir la clientèle… autant de façons de dire que le principal dirigeant a comme premier devoir de trouver les moyens de relancer l’activité plutôt que de contenir les coûts.

Parallèlement combien de sociétés aujourd’hui ont demandé à leurs services achats de diminuer les coûts sans se préoccuper de l’impact sur les fournisseurs ? Combien d’entreprises préparent des plans de licenciement pour « alléger les effectifs » soit parce que leur activité s’est arrêtée, soit par ce qu’elles profitent de cette crise pour « diminuer les coûts » ayant pris conscience que la digitalisation permettait une restructuration en profondeur des modes de production et d’organisation.

Les conseils d’administration ont une responsabilité certaine sur les politiques mises en œuvre aujourd’hui par les entreprises. Soutenues massivement par les Etats, leur priorité est-elle le retour aux bénéfices et au versement de dividendes (suspendus par la plupart d’entre elles) ou au maintien de l’emploi et de leur capacité à rebondir avec les hommes et les femmes (dans l’entreprise ou chez leur fournisseurs) qui ont développé ces mêmes entreprises ?

Beaucoup diront que la réalité économique et financière doit primer pour que ces entreprises ne fassent pas faillite ; mais ne doit-on pas avant tout, tout faire pour permettre aux entreprises de rebondir sans licenciement ou pression sur les fournisseurs, quitte à accepter une ou deux années de perte pour « passer l’orage » ?

Cette question de gouvernance est centrale aujourd’hui dans notre univers incertain et la réaction des Etats notamment européens a été très heureuse, n’hésitant pas à « casser tous les dogmes » pour aider les entreprises. N’est- ce pas aujourd’hui à ces dernières de le faire aussi en affirmant leur volonté de ne pas mettre en œuvre des plans de licenciement, de ne pas imposer des conditions plus difficiles aux fournisseurs et se donner les moyens de garder tout le capital humain pour affronter la crise et rebondir ?

Les actionnaires/investisseurs n’ont-ils pas aussi le devoir de dire aux conseils d’administration qu’ils attendent d’eux une prise de conscience du temps long, d’un temps où l’entreprise ne réagit pas à court terme mais bien en participant elle aussi au maintien de l’emploi ? Voire en accompagnant leurs écosystèmes qui vont souffrir de façon très importante dans les mois/années à venir.

A l’aune de ces décisions, prises par les conseils d’administration et soutenues par les investisseurs, pourra-t-on identifier ceux qui vraiment œuvrent pour l’intérêt général et pas seulement pour l’intérêt particulier. Si les entreprises ne le font pas, nous risquons alors d’avoir un chômage massif et probablement des déstabilisations politiques qui ne peuvent être bonnes pour le futur… Soyons des Investisseurs Responsables !

Olivier de Guerre

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