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[Edito] Quelle vie démocratique pour nos entreprises ?

Après la crise climatique, la pandémie “COVID”, la crise de l’Ukraine nous rappelle la fragilité intrinsèque de nos économies et de nos entreprises face à des événements que nous ne maîtrisons pas. L’intervention russe serait notamment liée à la ” dérive démocratique ” en Ukraine qui remet en question le modèle politique actuel prévalant en Russie (mais aussi en Chine), dans lequel la démocratie a peu de réalité…

La démocratie actionnariale a été mise à mal par le COVID, obligeant les entreprises à tenir des assemblées générales virtuelles pendant deux ans. Cela a amené logiquement les Conseils d’Administration à ne plus avoir de contacts avec les actionnaires, l’Assemblée physique étant l’un des rares endroits où ils peuvent échanger avec eux et écouter leurs remarques, questions, propositions.

Heureusement, pour certains dirigeants que nous avons rencontrés depuis le début de l’année, cet “exercice” leur manque car il est pour eux aussi un moment important pour être en lien avec les petits actionnaires, et leur permettre d’entendre leurs réactions aux présentations.

Malheureusement d’autres préféreraient n’avoir que des Assemblées virtuelles car plus faciles à gérer notamment quand il y a des questions conflictuelles… Cette année devrait être le retour des Assemblées en présentiel avec la possibilité d’y assister virtuellement. Un moment de démocratie actionnariale très important pour les entreprises et les actionnaires qui seront présents car une entreprise est avant tout une organisation d’hommes et de femmes, actionnaires, représentants au Conseil élus, et salariés qui contribuent collectivement au projet d’entreprise.

Félicitons-nous de ce retour d’une démocratie actionnariale active en 2022 !

Cette question est en fait centrale pour les entreprises car elles sont aujourd’hui en train de réaliser qu’elles ne peuvent être des structures anonymes qui ne se préoccupent pas de leur rôle au sein de la Cité. Que ce soit pendant la crise COVID où il leur a fallu accompagner les salariés en situation difficile ou avec la crise ukrainienne qui interpelle toutes les sociétés ayant leur activité en Russie ou ayant des relations commerciales avec la Russie ; si la guerre perdure peuvent-elles sans risque financier, politique ou de réputation continuer à « faire comme si de rien n’était » ?

C’est bien la question que posent les actionnaires de TotalEnergies mais aussi ceux de la Société Générale, de Renault… pour n’en citer que trois emblématiques dont les médias ont parlé récemment. Ces sociétés répondent qu’elles ont des salariés, qu’il est difficile de fermer du jour au lendemain leurs activités locales, ne serait-ce que parce qu’elles vendent en Russie des biens et services utiles à la population. 

Une entreprise est bien plus qu’une simple société de personnes ayant une activité lucrative. De par ses produits, ses implantations, ses relations commerciales, elle a de fait un rôle social ; beaucoup depuis de très nombreuses années l’avaient « oublié » à la suite des prophéties de l’Oracle de l’Ecole de Chicago quant à l’intérêt à n’agir que pour l’actionnaire. 

En France la loi PACTE avec l’introduction de la notion de « société à mission » a fort heureusement acté d’un changement profond de nature des entreprises (très critiqué avant l’adoption de la loi) qui redevient un acteur de la société et a de facto une responsabilité sociale et environnementale.

Le choix des Conseils d’administration des entreprises concernées par la crise ukrainienne est cornélien : soit elles actent d’un arrêt de leur activité en cédant au plus offrant (mais y aura-t-il des acheteurs ?) leurs activités en Russie ou en les mettant en « sommeil » (mais quid de leurs salariés ?) soit elles essayent de continuer leur activité en risquant d’avoir des sanctions américaines lourdes de conséquence pour le reste du groupe. Assumer une rupture totale des relations avec la Russie parait la solution la plus simple, mais comment renouer après si la situation se régularise et que la Russie revient « à la raison » ? Il paraitrait logique que les grandes entreprises concernées par ce choix demandent à leurs salariés et à leurs actionnaires leur avis car une telle décision a des implications opérationnelles, financières et stratégiques très importantes.

La saison des Assemblées va démarrer en avril et il nous semble important que les Conseils d’administration des entreprises en profitent pour nouer un dialogue avec leurs actionnaires sur ces questions centrales pour leur devenir à moyen terme.

Olivier De Guerre

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