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[Edito] Réforme des retraites : Nos entreprises ont besoin de fonds de pension long terme français!

M. Jean-Paul Delevoye et son équipe ont présenté cet été les grandes lignes de la réforme des retraites ; Mme. Agnès Buzin a annoncé une concertation citoyenne sur les pistes présentées.

Des nombreux commentaires soulignent l’intérêt de cette réforme tout en indiquant les risques identifiés pour les « perdants- gagnants ». Il apparaît que certains risques « systémiques » de cette réforme n’ont pas été vraiment discutés aujourd’hui.

Risques liés à la nationalisation de fait de tous les régimes de retraite, privés ou publics, par la création d’un « service universel de retraite » qui permet à tout salarié, indépendant… – et ce quel que soit son statut-, de cotiser au même système tout au long de sa vie. Fin des régimes par capitalisation du secteur public (eh oui, les fonctionnaires y avaient droit…) et fin des régimes liés à tel ou tel secteur comme la pharmacie, les notaires, les pilotes de ligne…

Le premier risque systémique naît de cette universalité du régime proposé. Un régime de retraite, même construit sur la répartition, doit placer ses actifs. La stratégie d’allocation financière est donc fondamentale. Une erreur d’allocation et tous les futurs retraités en pâtiront. La diversité des régimes actuels permet d’éviter que cela ne concerne tous les retraités, mais juste certains s’il y avait une mauvaise allocation ou gestion financière. Et personne ne peut garantir la pertinence dans 30 ans des stratégies d’allocation décidées aujourd’hui alors que les taux sont nuls et devraient remonter… Proposer que tous les salariés jusqu’à 3 fois le plafond de la Sécurité Sociale – 120 000 € de revenus annuels (c’est-à-dire quasiment tous les salariés…) – soient sur un régime universel centralisé implique que ces futurs retraités encourent tous un risque pour leur retraite future si le régime fait des erreurs d’allocation ou de gestion… La diversification des risques est une précaution fondamentale et tous les pays de l’OCDE l’ont bien compris. Nous serions ainsi le premier pays à proposer un tel système unique centralisé pour quasiment toute la population en âge de travailler.

Le deuxième risque est lié à la centralisation de la gestion qui va mécaniquement amener le régime universel à privilégier les grands gestionnaires d’actifs, « moins risqués » et moins chers en frais de gestion. Les performances financières de certaines « petites » caisses de retraite depuis plus de 40 ans montrent bien que le plus souvent les plus performants ne sont pas les plus gros…

Le troisième risque est lié à l’absence d’un système de capitalisation obligatoire qui permettrait de constituer progressivement une allocation en actions offrant à la fois des perspectives de revalorisation aux futurs retraités, mais jouant aussi un rôle fondamental d’actionnaire pour assurer une indépendance du capital des sociétés cotées ou non cotées. Un régime par répartition ne peut avoir une forte allocation en actions ; un régime par capitalisation, compte tenu de sa structure même de long terme, doit favoriser l’investissement en actions.

Pour pallier à ces risques systémiques et garder l’esprit de la réforme, il pourrait être proposé d’abaisser le seuil du régime universel à 1 fois le plafond de la Sécurité Sociale (40 000 €) comme par exemple le font les Suisses (ce qu’ils appellent le pilier 1), laissant alors à chacun la possibilité de cotiser à un régime de capitalisation collectivement (le pilier 2) ou de façon individuelle (pilier 3), dernière approche retenue par le gouvernement par ailleurs, avec des avantages fiscaux associés.

Cela permettrait de diversifier la structuration de sa retraite avec une partie en répartition et une partie en capitalisation, tout en facilitant par la capitalisation l’émergence de fonds de pension responsables (comme l’a montré le fonds de pension public ERAFP), actionnaires de long terme dont nos entreprises ont vraiment besoin aujourd’hui.

Espérons que la « concertation citoyenne » amènera le gouvernement à privilégier une évolution de nos systèmes de retraite qui préserve la diversité nécessaire sur le long terme, tout en facilitant l’émergence de fonds de pension actionnaires français.

Olivier de Guerre
Phitrust

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