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[Edito] Une chance pour Danone : revaloriser la fonction de Président

Le Conseil d’administration de Danone a décidé de séparer les fonctions de Président Directeur-Général en confiant à Emmanuel Faber la Présidence du groupe et en recherchant à l’extérieur un directeur général. Beaucoup de commentaires ont insisté soit sur la défiance exprimée par le Conseil vis-à-vis d’Emmanuel Faber, soit sur la difficulté d’avoir deux personnalités fortes à la tête du groupe, sans compter sur la présence au conseil de l’ancien Président…

Mais bien peu de commentaires se sont fait l’écho sur la « chance » que représentent pour le groupe la dissociation des fonctions et la mission confiée à Emmanuel Faber de piloter la vision et la stratégie du groupe en sus de l’animation du Conseil et du contrôle de la mise en œuvre de la stratégie par le futur Directeur-Général. 

Alors que dans les sociétés contrôlées par une famille la fonction de Président est très importante car il fait un lien avec les principaux actionnaires notamment familiaux, elle est le plus souvent « réduite » dans le cas des sociétés à capital très dilué, le Président assurant au mieux un rôle de transition pour permettre au nouveau Directeur-Général de prendre progressivement ses fonctions avant de devenir PDG… et assurant au pire un rôle « moins important » d’animation du Conseil et de suivi de la stratégie. La plupart du temps les Présidents ont peu de contacts avec les actionnaires (certains s’y refusant car ce n’est pas leur rôle…) le Directeur-Général ayant dans sa mission la rencontre avec les actionnaires car il est opérationnel !

Le capital de Danone est aujourd’hui principalement constitué d’institutionnels et de fonds gérés par des gestionnaires d’actifs alors qu’il y a plus de trente ans il était constitué d’investisseurs individuels comme l’Air Liquide. Cette dernière entreprise a su garder encore des investisseurs individuels ce qui n’est pas le cas de Danone car comme dans beaucoup d’entreprises un PDG ne peut diriger la société et rencontrer de nombreux actionnaires ; il privilégie par efficacité les plus importants et mais reste peu disponible pour les autres. .

Or, une entreprise comme Danone peut convaincre les investisseurs individuels (notamment les jeunes) d’adhérer à sa vision inclusive et durable et de la soutenir en devenant actionnaire. Qui d’autre qu’Emmanuel Faber avec sa vision et son charisme pour développer une stratégie visant à aller « conquérir » de nouveaux actionnaires? 

La démarche de conquête de nouveaux actionnaires individuels devra être assurée par le Président qui en élargissant la base actionnariale de Danone pourrait obtenir une plus grande stabilité du capital 

Même si nous avons vu en France en 2020 de nombreuses personnes physiques devenir  pour la première fois actionnaires, une telle « conquête » est difficile et nécessite du temps et de la disponibilité pour que l’actionnariat individuel redevienne et reste très significatif. 

L’une des conclusions que nous pouvons tirer des évènements récents est qu’il est fondamental que le Président de Danone entreprenne cette démarche  vis-à-vis des actionnaires pour qu’ils soutiennent sur le long terme la double vision sociétale et économique portée par le groupe et son premier dirigeant. Le vote de plus de 99% des actionnaires en faveur de la « mission » de la société (une première pour une société du CAC40) montre bien qu’ils sont prêts à soutenir cette vision qui apparait encore comme étant originale pour un groupe du CAC40. 

Au Président de se consacrer à développer cette mission, la faire vivre, s’assurer que la direction générale de Danone et toutes les équipes la comprennent, y adhèrent et s’attachent à la mettre en œuvre. C’est une mission qui le prendra à plein temps, ce qui conforte l’idée qu’il est indispensable de séparer les fonctions de Président et Directeur Général qui n’assument  pas le même rôle ni la même responsabilité vis-à-vis des actionnaires.

Olivier de Guerre

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