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Rémunérations des dirigeants : que font les actionnaires ?

Cette année encore, les rémunérations des dirigeants ont créé un buzz médiatique sur certains cas emblématiques, car trop décorrélés de la réalité économique et sociale de l’entreprise.

L’occasion donnée aux actionnaires de voter pour ou contre les rémunérations 2017 et 2018, avec le « say on pay », a montré les limites de cet exercice, au vu des scores obtenus pour les dites résolutions.

Chez Carrefour, M. Georges Plassat s’est vu attribuer par 68 % des actionnaires plus de 13 M€, comprenant une prime de non concurrence de 3,9 M€, et une retraite de 520 000 € annuels. Ceci alors même que la société traverse une crise profonde, qu’elle ferme de nombreux magasins DIA (dont M. Georges Plassat avait validé le rachat il y a cinq ans…), qu’elle propose un plan de départ volontaire important et que le nouveau PDG serre les coûts, et donc les salaires.

Phitrust a réagi, avec bien peu d’actionnaires, à ces montants de rémunération beaucoup trop importants, versés malgré l’échec des plans de développement mis en œuvre par le PDG. Comment se fait-il que les investisseurs institutionnels et privés non représentés au Conseil d’administration, qui sont largement majoritaires, ne se soient pas opposés aux propositions du Conseil ? Comment se fait-il que les investisseurs valident, sans les examiner, ces propositions ? Comment croire qu’au vu des montants accordés, les comités de rémunération ne prévoient aucune clause en cas d’absence de résultats, de fermetures de site, de départs « programmés » voire de licenciements, signes évidents d’erreurs stratégiques ou de management ?

Il a fallu que le Medef, le ministre de l’Économie, Bruno le Maire, et les medias s’insurgent publiquement sur les résultats de ce vote pour que M. Georges Plassat décide de ne pas percevoir son indemnité de non-concurrence, ce qui ramène son salaire 2017 à 9 M€ ! Pas si mal pour une société en grande difficulté…

A contrario, chez Renault, Carlos Ghosn a vu sa rémunération 2017 votée à une très courte majorité (56,50%). L’État français, qui dispose de 15% du capital, avait annoncé qu’il voterait contre. Cela a probablement amené des investisseurs institutionnels à suivre cet avis, en prenant en compte le fait que l’État est au Conseil d’Administration, et donc bien avisé ! La rémunération de 2018, qui a baissé, a été votée à 87,89%, signe que les actionnaires attendaient un geste de modération, même si la société a obtenu d’excellents résultats financiers et économiques. Notons que Carlos Ghosn travaille pour Renault, en partageant aussi son temps chez Nissan et Mitsubishi… De plus, chez Renault, aucune mention n’est faite d’une éventuelle remise en cause des rémunérations variables liée au risque environnemental, comme chez les autres constructeurs automobiles…

Nous touchons là à un principe de base qui ne s’applique à aucun dirigeant gestionnaire des grandes sociétés cotées : les montants des rémunérations variables sont alloués en fonction de critères complexes et ne sont jamais revus fortement à la baisse, voire supprimés, en cas de contre-performance économique (Carrefour), de risque environnemental avéré (Renault) ou de licenciements…

Les investisseurs votent toutefois ces montants très élevés, convaincus que c’est la seule façon de conserver de bons dirigeants. Que ces rémunérations soient 3 à 5 fois plus élevées qu’il y a quelques années serait la contrepartie de la valeur créée pendant cette période… C’est peut-être le cas pour certains, si tant est qu’ils l’aient réalisée eux-mêmes et non grâce à leurs équipes, moins bien payées. Mais que dire des entreprises qui affrontent des tempêtes (Carrefour), voient leur stratégie remise en cause (Engie), ferment des sites (Lafarge, Technip…) ? La liste est longue et l’inconséquence des actionnaires grave : une mauvaise gestion n’entraîne pas de conséquence financière pour ces « dirigeants gestionnaires » !

 

Olivier de Guerre
Président, Phitrust

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