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Vivendi, 15 ans après…

La réalité de la stratégie menée par le groupe Bolloré apparaît de plus en plus claire, alors même que le groupe est minoritaire chez Vivendi. Les risques d’une catastrophe boursière liée à cette stratégie, et à la gestion de la trésorerie de Vivendi au profit du groupe Bolloré, se précisent chaque jour.

Depuis que le groupe Bolloré dispose de droits de vote double, la gouvernance de Vivendi est exécrable :
• Vincent Bolloré, président du conseil de surveillance, agit comme un président exécutif ;
• le groupe Bolloré, actionnaire minoritaire, dispose d’une majorité de membres du conseil et contrôle le directoire ;
• des membres du conseil de surveillance de Vivendi sont actionnaires dirigeants d’Havas, qui devient une filiale opérationnelle, tandis que des dirigeants du groupe Bolloré sont membres du directoire de Vivendi ;
• le président du directoire de Vivendi, Arnaud de Puyfontaine, dirige la filiale Telecom Italia (sans parler italien), même si Vivendi estime “ne pas contrôler cette filiale” (le syndrome Renault/Nissan…) ;
• le rachat de Canal+ semble être plus utile pour le développement du groupe Bolloré en Afrique que pour Vivendi ;
• le rachat d’Havas a un prix très supérieur à sa réelle valeur, compte tenu des alertes sur résultats publiés après le rachat, est très favorable au groupe Bolloré. Que dire du paiement en cash, qui permet de rembourser une partie de l’investissement minoritaire dans Vivendi du groupe Bolloré…

Les actionnaires minoritaires peuvent, en outre, s’interroger sur la cohérence de la stratégie de Vivendi : le groupe a vendu SFR puis Blizzard (jeux vidéo américains) pour se recentrer sur une nouvelle stratégie médias/contenus, en rachetant des parts minoritaires chez Telecom Italia et Ubisoft, tout en se renforçant chez Canal+, qui n’a pas de perspectives réelles en France… Le tout avec des changements d’équipes brutaux, car seuls les “Bolloré Boys” sont dignes de confiance.

Le plus étonnant reste l’incroyable passivité des actionnaires dispersés (qui sont majoritaires) et des régulateurs qui commencent (enfin) à se réveiller. Les medias français restent très peu critiques d’une gouvernance et stratégie mises en œuvre pour servir l’actionnaire minoritaire, estimant que cela “servirait aussi les autres actionnaires”…

En 2015, Phitrust avait alerté en assemblée générale sur les risques d’une prise de contrôle par le groupe Bolloré au profit exclusif de ce groupe, grâce au mécanisme des droits de vote double. Vincent Bolloré nous avait opposé une réponse claire : sa stratégie nécessitait une prise de contrôle, “dans l’intérêt de tous les actionnaires”, comme le pratiquent ses “concurrents aux États-Unis”. Nous devions en voir rapidement les fruits…

Aujourd’hui, nos craintes se concrétisent avec des résultats très en-dessous des attentes, un rachat en cash des parts du groupe Bolloré dans Havas a un prix beaucoup trop élevé, sans que l’opération soit réellement intéressante pour Vivendi, et la probabilité d’une consolidation de la dette de Telecom Italia dans Vivendi pour 25 milliards d’euros…

Il est urgent que l’AMF se saisisse du dossier Vivendi et exige une gouvernance avec un conseil de surveillance et un directoire indépendants, où les opérationnels du groupe Bolloré siègent de façon minoritaire dans les instances de Vivendi, sans confusion des rôles. Le président du conseil de surveillance n’a pas de rôle opérationnel à jouer, comme le stipule les statuts de la société.

Les actionnaires en ordre dispersé sont majoritaires chez Vivendi. Il leur appartient de se rassembler et de proposer la nomination de membres du conseil de surveillance indépendants, non liés au groupe minoritaire qui contrôle aujourd’hui la gouvernance et toutes les fonctions opérationnelles de Vivendi. Au risque de retrouver la malédiction boursière chez Vivendi, 15 ans après…

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